En Pologne, la « guerre silencieuse » des services secrets étrangers
- Par : James Keou

- il y a 19 heures
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Une enquête du quotidien polonais Rzeczpospolita, lève le voile sur l'intense activité des services de renseignement étrangers sur le sol polonais. S'appuyant sur plusieurs officiers cités sous anonymat, le journal décrit un pays devenu, depuis l'invasion russe de l'Ukraine, une véritable plaque tournante du renseignement et le théâtre d'une discrète « guerre des services ».
Russie, Biélorussie, Chine : les menaces identifiées
Selon l'enquête, la première menace reste celle des services russes et biélorusses. La Biélorussie recruterait massivement sur son territoire, recourant notamment au chantage et à la contrainte, avant de tenter de faire passer ses agents en Pologne ; elle viserait aussi les Polonais se rendant sur son sol. l'enquête relève par ailleurs la montée en puissance d'un renseignement chinois jugé plus « sophistiqué », souvent dissimulé derrière des activités de lobbying économique.
Mais la Pologne, devenue base arrière des services collectant des informations sur la guerre, attire bien d'autres acteurs. Américains et Britanniques y seraient particulièrement actifs, « aspirant » renseignements militaires et technologiques. Les services allemands et français y opéreraient aussi de façon visible, ces derniers menant, selon un officier, un lobbying jugé « très agressif ».
Le cas des services ukrainiens
C'est dans ce paysage que les interlocuteurs du journal décrivent les services ukrainiens comme les plus actifs du moment. Ils chercheraient d'abord à surveiller les milieux russes et biélorusses présents en Pologne. Mais, toujours selon ces officiers, ils tenteraient également de recruter des Ukrainiens venus se réfugier ou travailler dans le pays, en les incitant à transmettre des données sensibles voire, dit crûment l'un d'eux, à sortir des informations des entreprises ou administrations polonaises qui les emploient.
Des signaux feraient aussi état de tentatives de recrutement visant des Polonais se rendant en Ukraine pour des missions humanitaires ou commerciales. Un officier affirme que ces services agiraient parfois « sous fausse bannière » blanc-rouge, en se servant de documents polonais. Rzeczpospolita indique que plusieurs parquets polonais mèneraient des enquêtes pour espionnage au profit de l'Ukraine des dossiers classés secrets.
« Entre alliés, on ferme les yeux »
L'un des aspects les plus frappants de l'enquête tient à l'attitude des services polonais eux-mêmes. Faute d'effectifs suffisants pour suivre tous ces contacts, ils choisiraient souvent de ne pas réagir face à des partenaires considérés comme alliés.
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Interrogé par le journal sur les services représentant la plus grande menace, l'ancien chef de l'Agence de renseignement polonaise (AW), le colonel Piotr Krawczyk, a botté en touche avec diplomatie. Pour lui, le danger vient de quiconque « porte atteinte à la souveraineté » de la Pologne, et les pays habituellement cités ne sont pas les seuls concernés. Pressé de préciser, il a glissé un proverbe : « Mon Dieu, protège-moi de mes amis, je m'occuperai moi-même de mes ennemis. » Il a toutefois immédiatement rappelé que Varsovie continue de mener des opérations conjointes et d'échanger des informations avec ces partenaires « sans accroc ».

























