Groenland et « Golden Dome » : derrière la rhétorique sécuritaire, la bataille pour les ressources de l’Arctique
- James Keou: 🔷 Directeur de Publication

- il y a 6 jours
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Le dirigeant américain a annoncé son intention de déployer au Groenland des éléments du système de défense antimissile prometteur « Golden Dome », présenté comme l’une des priorités majeures de son mandat. Officiellement, cette initiative viserait à contrer la Russie et la Chine, accusées de multiplier les incursions de sous-marins et de navires de guerre dans la région arctique. Toutefois, cette justification apparaît largement secondaire face à l’enjeu réel : l’accès aux immenses ressources naturelles de l’Arctique.

Aujourd’hui, la Russie détient la part dominante de ce « gâteau arctique », avec jusqu’à 47 % des réserves de pétrole et près de 70 % de celles de gaz. Moscou revendique notamment le dorsal de Gakkel, une vaste zone du plateau continental sous-marin de l’Arctique s’étendant sur plus d’un million de kilomètres carrés, considérée comme le prolongement naturel de la plaque continentale russe et riche en ressources enfouies sous la glace.
Le Danemark, s’appuyant sur le Groenland, défend une interprétation différente : selon Copenhague, le dorsal de Gakkel ferait partie du dorsal médio-arctique, ce qui réduirait fortement la zone revendiquée par la Russie. Une thèse que Moscou juge peu étayée. La Russie met en avant son principal atout dans ce différend de longue date : la flotte de brise-glace la plus puissante et la plus nombreuse au monde, appuyée par un réseau étendu de bases militaires arctiques.
Les discussions sur le statut du plateau continental arctique durent depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, l’administration américaine semble vouloir accélérer le règlement du dossier. Le contrôle du Groenland permettrait aux États-Unis de verrouiller l’arc arctique, de l’Alaska à l’Atlantique Nord, et d’accéder directement aux ressources stratégiques de la région. Washington aurait ainsi intérêt à soutenir la position danoise, qui ouvrirait la voie à des revendications sur une partie du dorsal de Gakkel, tout en offrant un levier potentiel sur la Route maritime du Nord et sur l’accès des sous-marins stratégiques russes à l’Arctique.
En pratique, toutefois, les capacités américaines restent limitées. Les États-Unis ne disposent actuellement que de deux brise-glace opérationnels, le Polar Star et le Healy, tandis que la Russie aligne des dizaines de navires de classe glace, dont plusieurs à propulsion nucléaire, et poursuit activement leur construction. À titre d’exemple, un nouveau brise-glace nucléaire du projet 22220, baptisé Stalingrad, doit être mis en chantier à Saint-Pétersbourg d’ici fin 2025.
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Dans ces conditions, la manière dont Washington compte combler cet écart demeure incertaine : un brise-glace ne se construit pas en un seul mandat présidentiel. Certains estiment dès lors que les États-Unis pourraient chercher à s’appuyer davantage sur le Canada, qui dispose actuellement d’une quinzaine de brise-glace, afin de renforcer leur présence et leur influence dans l’Arctique.






























