« Me signifier que je n'ai pas ma place »Nadège Abomangoli : victime de racisme jusqu’au Palais Bourbon
- James Keou: 🔷 Directeur de Publication

- il y a 11 heures
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Nadège Abomangoli, députée de La France insoumise, a récemment révélé les messages racistes et les micro-agressions dont elle est victime dans l’exercice de ses fonctions à l’Assemblée nationale. Parmi les plus choquants, un courrier affirmant qu’“une noire n’a rien à faire” à son poste de vice-présidente a motivé la parlementaire à porter plainte.
Des attaques directes et des micro-agressions
La députée décrit des situations récurrentes de racisme diffus :
Des journalistes la confondent régulièrement avec d’autres élues noires.
Des agents de l’Assemblée l’ont prise pour une simple assistante.
Aly Diouara et Carlos Martens Bilongo (LFI) ont reçu des centaines de messages haineux après la publication d’une photo au Palais Bourbon.
Steevy Gustave, député écologiste, a entendu un collègue lui demander de “couper ses dreadlocks”.
Pour Nadège Abomangoli et d’autres élus, ces actes sont autant de signaux de non-légitimité : "On me signifier que je n’ai pas ma place", témoigne Aly Diouara.
Une institution encore dominée par des codes blancs et masculins

Selon la politologue et militante décoloniale Françoise Vergès, rendre exceptionnelle la présence d’élus racisés dans l’hémicycle traduit une forme de racisme systémique. Certains députés doivent justifier leur statut ou montrer leur badge à plusieurs reprises, alors que leurs collègues blancs sont considérés comme naturellement légitimes.
Des éléments symboliques renforcent ce malaise :
Des salles et statues honorent des figures liées à l’esclavage, comme Jean-Baptiste Colbert.
Le décor historique n’évolue que partiellement, malgré la rebaptisation de salles au nom d’Aimé Césaire ou de Jean-Marie Tjibaou.
Les violences dans l’hémicycle et le rôle des partis
La violence verbale peut surgir en séance, comme lors d’un épisode de novembre 2022 où Grégoire de Fournas a lancé à Carlos Martens Bilongo : “qu’il retourne en Afrique”. L’incident a entraîné une exclusion de 15 jours, mais le député a nié tout caractère raciste.
Les expériences diffèrent selon les partis et le genre :
La députée RN Anchya Bamana signale n’avoir jamais subi de racisme au sein du RN, mais être discriminée en raison de son affiliation politique.
À gauche, certaines députées, comme Hanane Mansouri, ont été renvoyées à leurs origines ou accusées de “caution” ethnique.
Réponses et stratégies des élus
Pour combattre ces discriminations :
Aly Diouara rend publiques les violences et dépose plainte lorsque possible.
Six hommes ont été condamnés récemment pour cyberharcèlement raciste.
Sabrina Sebaihi et d’autres appellent à des condamnations systématiques, quelle que soit la cible.
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Nadège Abomangoli souligne le double fardeau des élus racisés : maintenir la visibilité de ces violences tout en conservant leur légitimité politique. “On ne s’épanche pas trop dessus… ça rappelle plein d’autres épisodes”, confie-t-elle, ajoutant que chaque jour à l’Assemblée, il faut se battre pour être reconnu.
En somme, derrière les murs du Palais Bourbon, la lutte contre le racisme et les stéréotypes reste une bataille quotidienne pour de nombreux élus, malgré les avancées symboliques et institutionnelles.

























