Princesse Diana : 29 ans après, ce que l’enquête a réellement établi sur la traque des paparazzis
- Par : James Keou

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture

31 août 1997 : dans le tunnel de l'Alma, la traque qui a coûté une vie
Il y a vingt-neuf ans, une course-poursuite dans les rues de Paris se terminait dans un fracas de tôle sous le pont de l'Alma. Cette nuit-là, la princesse Diana, Dodi Al-Fayed et le chauffeur Henri Paul perdaient la vie ; seul le garde du corps Trevor Rees-Jones survivait. Depuis, une question domine tous les récits de cette tragédie : quelle part de responsabilité porte la meute de photographes qui pourchassait leur voiture ?

La course-poursuite
Dans la soirée du 30 août 1997, Diana et Dodi Al-Fayed dînent au Ritz avant de reprendre la route vers minuit, à bord d'une Mercedes-Benz S 280 blindée conduite par Henri Paul, chef adjoint de la sécurité de l'hôtel. Pour échapper aux photographes massés devant l'établissement, le véhicule emprunte un itinéraire détourné par les quais de la Seine et s'engage dans le tunnel du pont de l'Alma. Des témoins rapporteront que des motos s'étaient littéralement massées autour de la Mercedes juste avant l'entrée du tunnel, certains paparazzis roulant à sa hauteur, d'autres la précédant déjà pour anticiper le meilleur angle de prise de vue. Vers 0 h 23, la voiture, lancée à une vitesse largement supérieure à la limite autorisée, heurte une Fiat Uno blanche puis percute de plein fouet le treizième pilier du souterrain avant de finir sa course contre la paroi.
Dans les minutes qui suivent le choc, plusieurs photographes continuent à mitrailler l'habitacle accidenté au lieu de porter secours aux victimes, une scène qui choquera profondément l'opinion publique et alimentera durablement le procès fait à la presse à sensation. Cinq d'entre eux sont interpellés sur les lieux mêmes de l'accident, une vingtaine de pellicules sont saisies par la police.
Ce que révèlent les enquêtes

L'autopsie d'Henri Paul établit un taux d'alcoolémie de 1,8 gramme par litre de sang, près de quatre fois la limite légale en France, ainsi que la présence d'antidépresseurs et de traces de médicaments antipsychotiques. L'enquête française, conclue en 1999, retient sa responsabilité principale dans l'accident. Aucun photographe n'est alors mis en cause pénalement pour le drame lui-même. Il faudra attendre l'enquête britannique Operation Paget puis celle du coroner, achevée en 2008, pour qu'un jury retienne un verdict d'« homicide illégal » causé conjointement par la conduite « d'une extrême négligence » d'Henri Paul et par celle des paparazzis qui poursuivaient la Mercedes. Le magistrat écarte par ailleurs, faute de la moindre preuve, toutes les théories du complot ayant circulé pendant des années.
Le procès des paparazzis
Mohamed Al-Fayed, le père de Dodi, ne cessera de réclamer que justice soit rendue contre les photographes. Après que la Cour de cassation eut jugé, en 2002, qu'ils se trouvaient trop loin du véhicule au moment du choc pour avoir causé l'accident, trois d'entre eux, Jacques Langevin, Christian Martinez et Fabrice Chassery, sont finalement jugés pour atteinte à la vie privée, pour avoir photographié les occupants de la voiture à travers une portière restée entrouverte. Acquittés une première fois en 2003, ils provoquent la colère de Mohamed Al-Fayed : « Les paparazzis ont joué un rôle majeur dans cette tragédie et ils doivent être punis. » En appel, les trois hommes sont finalement condamnés en 2006 à une amende symbolique d'un euro, assortie de la publication du jugement — une sanction largement jugée dérisoire au regard de l'émotion suscitée par l'affaire.
à lire aussi :
Une presse people mise en accusation
Cet épisode a ravivé, bien au-delà du cercle des initiés, un débat plus large sur la responsabilité de la presse people dans la traque médiatique dont Diana avait fait l'objet toute sa vie publique. Certains professionnels de l'image ont tenté, à l'époque, de replacer cette responsabilité dans un système plus vaste : le photographe britannique Mark Saunders expliquait ainsi, un an après le drame, que la mécanique tenait autant à l'offre qu'à la demande, les paparazzis fournissant des photographies que le public réclamait avec insistance « le public demandait les photos et les histoires, les paparazzis fournissaient les images ». Cette lecture n'a cependant jamais suffi à apaiser le sentiment, largement partagé, que la course-poursuite effrénée menée cette nuit-là par des motards en quête du cliché le plus rare avait directement contribué à la panique et à la vitesse excessive du véhicule, même si la justice a in fine placé l'essentiel de la responsabilité sur le conducteur.
Vingt-neuf ans après, le tunnel de l'Alma reste, dans la mémoire collective, le symbole d'une presse à sensation prête à tout pour un cliché et le point de départ d'une réflexion toujours actuelle sur les limites du droit à l'image face au droit à la vie privée des personnalités publiques.

























