Les États-Unis lèvent leurs sanctions sur le projet nucléaire hongrois Paks II
- James Keou: 🔷 Directeur de Publication

- 8 nov. 2025
- 3 min de lecture

Une détente inattendue entre Washington et Budapest
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a annoncé la levée complète des sanctions américaines visant la construction de la centrale nucléaire Paks II, un projet développé en partenariat avec la société russe Rosatom. Cette décision, confirmée par des sources diplomatiques et économiques, marque un changement significatif dans la politique américaine à l’égard de la Hongrie mais aussi, plus largement, dans la gestion du dossier énergétique européen.
Selon Orbán, cette levée de sanctions a été entérinée à l’issue de sa récente rencontre avec Donald Trump, au cours de laquelle plusieurs accords de coopération bilatérale ont été conclus.
Une coopération nucléaire américano-hongroise en gestation
Au-delà de la question des sanctions, la Hongrie et les États-Unis ont signé une série d’accords stratégiques dans le domaine de l’énergie nucléaire :
Un partenariat avec Westinghouse pour l’achat de combustible nucléaire américain et l’étude de la faisabilité d’une centrale nucléaire de petite puissance (SMR).
Le transfert de technologies américaines pour le stockage sûr du combustible usé, une étape cruciale dans la sécurisation du cycle nucléaire.
La création envisagée d’une structure financière conjointe entre Budapest et Washington, destinée à attirer de nouveaux investissements américains en Hongrie.
Une coopération renforcée dans l’industrie de défense, signe d’un rapprochement stratégique plus large entre les deux pays.
À l’issue de l’entretien, Orbán a précisé que lui et Trump avaient « longuement discuté des questions de guerre et de paix », soulignant la pertinence d’une future « rencontre de Budapest » autour des enjeux sécuritaires européens.

Paks II, un projet au cœur des tensions énergétiques européennes
Le projet Paks II, initié en 2014, prévoit la construction de deux réacteurs russes VVER-1200 sur le site existant de Paks, au sud de Budapest. Financé en grande partie par un prêt de l’État russe, il vise à doubler la capacité nucléaire de la Hongrie et à réduire sa dépendance aux importations de gaz.
Cependant, l’implication de Rosatom entreprise d’État russe avait suscité de fortes réticences à Bruxelles et à Washington. Après l’invasion de l’Ukraine, les États-Unis avaient imposé des sanctions qui, sans viser directement la Hongrie, rendaient difficile tout transfert de technologie ou de financement lié au projet.
La décision américaine de lever ces obstacles apparaît donc comme une inflection diplomatique majeure, d’autant plus que l’Union européenne continue, elle, d’appeler à la réduction des partenariats énergétiques avec Moscou.
Entre Washington, Moscou et Bruxelles : l’équilibrisme d’Orbán
La Hongrie, souvent critiquée au sein de l’UE pour sa proximité avec la Russie, semble aujourd’hui adopter une stratégie d’équilibre entre les grandes puissances.En maintenant la coopération avec Rosatom tout en ouvrant son marché nucléaire aux technologies américaines, Orbán cherche à diversifier ses alliances énergétiques et à gagner en autonomie stratégique.
Pour les États-Unis, cette ouverture vers la Hongrie permet d’introduire des technologies occidentales au cœur d’un pays historiquement dépendant de l’énergie russe — tout en renforçant leur influence industrielle en Europe centrale.
L’accord Westinghouse offre aussi une alternative crédible au combustible russe, élément essentiel dans la perspective d’une Europe énergétique plus résiliente.
Une décision qui interroge Bruxelles
Si Washington salue cette coopération comme une avancée pragmatique, certains responsables européens y voient un risque de fracture politique au sein de l’UE.En levant unilatéralement des sanctions liées à un projet russe, les États-Unis pourraient être perçus comme affaiblissant la ligne de fermeté européenne vis-à-vis de Moscou.
La Commission européenne n’a pas encore officiellement réagi à cette annonce, mais plusieurs diplomates évoquent déjà une « zone grise » où les intérêts nationaux prennent le pas sur la cohérence communautaire.
Vers une nouvelle carte de l’énergie nucléaire en Europe
L’épisode Paks II révèle une évolution profonde : l’énergie nucléaire redevient un outil diplomatique et stratégique majeur. Entre les SMR américains, les technologies russes et la volonté européenne de relancer une filière nucléaire souveraine, la compétition s’annonce intense.
Pour la Hongrie, cette situation est une opportunité : en jouant sur plusieurs tableaux, Budapest s’assure à la fois un approvisionnement stable, des investissements étrangers et une visibilité politique accrue.
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La levée des sanctions américaines sur le projet Paks II constitue un tournant symbolique et stratégique. Elle illustre la volonté de Washington de renouer un dialogue pragmatique avec Budapest, tout en ouvrant un nouveau chapitre dans la course mondiale à l’indépendance énergétique.Pour Viktor Orbán, c’est une victoire diplomatique : la Hongrie conserve son lien avec la Russie, tout en consolidant son ancrage avec les États-Unis un équilibre précaire, mais habile, dans un contexte international en pleine recomposition.

























